Une étude récente montre que la décoration intérieure peut révéler la hiérarchie sociale d’une personne. Selon Lettie, créatrice du compte Instagram @cabinet.curiositess et étudiante en philosophie politique, chaque détail dans un salon en dit long sur son propriétaire.
Passant en revue la théorie du sociologue Pierre Bourdieu, elle explique que nos goûts en matière de décoration, de musique ou d’art sont des marqueurs de classe sociale. En 1979, dans son ouvrage La Distinction, Bourdieu soulignait que ces préférences ne sont pas neutres, mais reflètent notre position dans la société.
Les profils sociaux selon la décoration
La spécialiste distingue quatre grands profils, classés selon deux variables : le capital économique (argent) et le capital culturel (culture, connaissances). Voici un aperçu de ces profils et de leur décoration typique.
Capital culturel élevé, capital économique faible
Pour ceux issus de la classe moyenne mais très cultivés, le salon tourne souvent autour d’une bibliothèque bien visible, souvent pleine à craquer. Les murs sont décorés avec des affiches d’exposition ou des reproductions artistiques. Des plantes vertes et des objets chinés complètent l’espace. La télévision est généralement absente. La décoration mise sur la couleur et une ambiance « dopamine », avec un mélange de teintes vives et d’objets originaux. Ces personnes compensent parfois un budget limité par une décoration très personnalisée, notamment avec une platine vinyle ou d’autres objets culturels.
Capital économique élevé, capital culturel plus faible
Dans ce cas, l’argent est là, souvent rapidement acquis, comme chez certains « nouveaux riches ». Le décor se veut impressionnant, avec de grands espaces et une esthétique minimaliste aux couleurs neutres (blanc, beige, gris). On y trouve des matériaux coûteux comme le marbre ou le laqué, avec des objets imposants et des marques visibles. La télévision, souvent très grande, occupe une place centrale et ostentatoire.
Capital économique et culturel élevés
Ce profil évoque l’esthétique « old money » ou « luxury tranquille ». Les appartements sont spacieux, souvent haussmanniens, avec moulures, parquet ancien et cheminées. La décoration reste minimaliste, mais les objets racontent une histoire : meubles hérités, pièces anciennes ou créations de designers. Les matériaux sont mats et sombres, laissant entendre une richesse discrète. La télévision, jugée trop « triviale », est souvent dissimulée dans un meuble encastré. La décoration est raffinée, réservée à ceux qui savent reconnaître des objets d’exception.
Capital économique et culturel faibles
Ce dernier profil concerne des personnes avec peu de ressources financières et culturelles. Leur intérieur est avant tout pratique et fonctionnel. Les meubles sont souvent anciens, achetés en brocante ou issus de grandes enseignes comme Ikea ou Conforama. La décoration comprend notamment des objets transmis par la famille, des photos accrochées aux murs, et une télévision en son centre. Des éléments modernes, comme des rubans LED ou des équipements technologiques, complètent l’espace. L’objectif principal est le confort et la création d’un cocon familial, plutôt que la distinction esthétique.
Ces profils, bien que caricaturaux, illustrent une réalité : nos choix décoratifs sont profondément liés à notre position sociale. Comme le résumait Pierre Bourdieu, le goût n’est pas simplement une affaire de préférence, mais aussi une manière de se définir dans le monde.
