Les soirées au coin du feu ne produisent pas toujours la même chaleur d’un foyer à l’autre. Dans certaines maisons, le poêle peine à chauffer, la vitre noircit rapidement et la fumée envahit le jardin, alors que le voisin semble chauffer sans effort avec le même appareil. La différence ne réside pas forcément dans le poêle lui-même, mais souvent dans la façon dont le bois de chauffage a été stocké pendant des mois, à l’abri des regards.
En France, environ 7 millions de ménages se chauffent au bois, selon l’ONF Énergie Bois. Quand le bois reste humide, la facture augmente, le conduit s’encrasse plus vite et le confort diminue. Pourtant, nos anciens avaient développé quelques astuces simples pour laisser le temps et l’air faire leur travail. Ces gestes discrets amélioraient grandement le rendement du chauffage au bois.
Le secret du rendement : un bois bien sec
Un bois coupé récemment contient généralement entre 30 et 50 % d’eau. Pour une combustion efficace, il est conseillé d’avoir un taux d’humidité inférieur à 20 %. Au-delà, une grande partie de l’énergie est utilisée pour évaporer cette eau, ce qui peut entraîner une perte d’énergie allant jusqu’à 50 % par rapport à un bois bien sec. Résultat : il faut consommer beaucoup plus de bois pour obtenir la même chaleur.
Une combustion incomplète favorise également la formation de suie, de bistre et de créosote dans le conduit, augmentant le risque d’incendie de cheminée et la pollution de l’air avec plus de particules fines PM2.5. Autrefois, nos anciens savaient qu’il fallait laisser sécher le bois longtemps. Selon l’essence et l’épaisseur, ils le laissaient sécher entre 12 et 24 mois, parfois jusqu’à 36 mois pour le chêne très dense, afin d’obtenir un pouvoir calorifique optimal.
Les gestes traditionnels pour stocker le bois
Le premier réflexe était de garder le bois dehors, sous un abri mais jamais enfermé. L’idéal était de construire un bûcher côté sud ou sud-est, protégé de la pluie mais ouvert aux vents. Les bûches étaient posées sur des palettes ou des rondins pour les surélever de 10 à 15 cm, évitant tout contact direct avec le sol ou un mur humide. Le dessus pouvait être recouvert d’un petit toit ou d’une bâche partielle, tout en laissant les côtés ouverts pour permettre une bonne circulation de l’air.
Une autre habitude ancestrale était l’empilage en quinconce. En alternant la direction des bûches à chaque rang, ils favorisaient la circulation de l’air et l’évacuation de l’humidité. Les piles n’étaient ni trop serrées ni trop hautes pour éviter qu’elles ne s’effondrent. Le bois déjà bien sec était rangé à part, facilement accessible pour l’hiver, tandis que le bois plus récent restait à l’arrière ou sur un autre tas, en attendant sa complète sécher.
Les erreurs à éviter et comment vérifier que le bois est prêt
De nos jours, certaines pratiques modernes vont à l’encontre de ces savoir-faire. Par exemple, rentrer le bois dans une cave, un garage ou la maison trop tôt peut empêcher son séchage et augmenter l’humidité intérieure, avec un risque accru d’allergies respiratoires dans un logement mal ventilé. Un autre piège fréquent est de couvrir complètement le tas avec une bâche plastique hermétique. Cela favorise la condensation, la moisissure et empêche le bois d’atteindre le taux d’humidité souhaité.
- Poser les bûches directement sur le sol ou contre un mur humide ;
- Enfermer le tas sous une bâche qui colle au bois ;
- Mélanger du bois fraîchement coupé avec du bois prêt à brûler.
Les anciens se fiaient aussi à leurs sens pour juger si le bois était sec. Un bois prêt à l’emploi présente des fissures en extrémité, une écorce qui se détache facilement, un poids léger et un son clair lorsqu’on frappe deux bûches l’une contre l’autre. Lors de l’allumage, des flammes vives, peu de fumée et une vitre du poêle propre indiquent un bon bois sec. À l’inverse, des flammes jaunes faibles, une fumée blanche épaisse ou une vitre rapidement noire signalent un bois encore humide. Pour être certain, l’utilisation d’un humidimètre permet de vérifier que le taux d’humidité descend bien en dessous de 20 % avant de stocker le bois près du poêle.
