5 février 2026

Le bambou traçant : la haie facile qui devient un cauchemar pour votre jardin

Le bambou traçant, souvent vendu comme une plante facile et rapide pour créer une haie, peut devenir un véritable cauchemar pour les propriétaires de jardins. Initialement choisi pour son feuillage toujours vert et sa croissance rapide, il donne l’impression d’une solution simple pour assurer l’intimité. Pendant quelques années, il remplit parfaitement son rôle, sans nécessiter de soins particuliers. Mais cette apparence de simplicité cache un danger majeur.

Au bout de deux ou trois ans, certains propriétaires constatent des signes alarmants : de petites pointes dures apparaissent au sol, parfois à plusieurs mètres du pied d’origine, même chez le voisin. La terrasse peut commencer à se soulever, et des dalles peuvent se déformer. Ces dégâts ne sont pas accidentels : derrière le nom rassurant de « bambou d’ornement » se cache en réalité un bambou traçant, dont le véritable chantier se trouve sous terre.

Comment le bambou traçant envahit le jardin sans que l’on s’en rende compte

Le problème commence souvent lors de l’achat. Pour une haie immédiate, on choisit généralement des variétés très vigoureuses du genre Phyllostachys. Sur l’étiquette, rien n’indique la différence avec les bambous plus modérés du genre Fargesia, qui restent en touffe. Le jardinier amateur pense alors installer une haie moderne et esthétique, sans se douter du véritable enjeu.

Le vrai danger réside dans le rhizome, cette tige souterraine qui n’est pas une racine classique. Elle se développe horizontalement, à une profondeur de 10 à 40 centimètres, et peut parcourir jusqu’à 5 mètres en une saison pour les variétés les plus envahissantes. Chaque nœud du rhizome peut produire un turion, ces jeunes pousses qui jaillissent loin du pied mère. Au début, tant qu’aucune tige n’apparaît, la plante semble maîtrisée, alors que son réseau souterrain s’étend déjà largement.

Quand le bambou franchit la clôture et cause des dégâts

Le problème devient visible surtout au printemps, lorsque l’humidité active la pousse des turions. Une pointe conique peut apparaître au milieu du gazon ou chez le voisin, à plusieurs mètres de la haie. En quelques jours, cette pousse peut atteindre un mètre de hauteur. Le bambou ne respecte pas les limites de propriété : ses rhizomes peuvent passer sous un grillage, contourner un mur ou s’infiltrer sous une clôture en bois.

Les dégâts ne se limitent pas à la pelouse : les turions peuvent soulever des dalles de terrasse, déformer du bitume, percer un liner de piscine ou s’infiltrer dans des fissures de maçonnerie légère. La réparation de ces dommages peut coûter plusieurs milliers d’euros, bien plus que le prix modique d’un pot de bambou à l’achat.

Comment prévenir ou limiter ces problèmes : conseils et solutions

La prévention passe par l’installation d’une barrière anti-rhizome en polyéthylène haute densité (PEHD), d’au moins 2 millimètres d’épaisseur et 70 centimètres de haut. Elle doit être enterrée sur 60 à 70 centimètres, avec une inclinaison d’environ 15 degrés vers l’extérieur. Cette inclinaison force les rhizomes à remonter à la surface, où ils peuvent être coupés. Il est essentiel que la jonction soit parfaitement hermétique pour empêcher le réseau de passer au-delà. D’autres matériaux comme la bâche géotextile, le plastique noir, ou des bordures en béton fissuré ne retardent que l’invasion.

  • Vérifier sur l’étiquette si le bambou est traçant (Phyllostachys) ou cespiteux (Fargesia).
  • Installer une barrière anti-rhizome avant la plantation, surtout près des limites de propriété.
  • Surveiller chaque printemps la présence de turions isolés, loin du pied principal.

Une fois la bambouseraie en place, couper simplement les cannes au ras du sol ne suffit pas. La plante réagit en stimulant ses rhizomes, qui peuvent aller encore plus loin. Pour éradiquer un bambou traçant, il faut souvent utiliser une mini-pelleteuse pour décaper le terrain sur un mètre de profondeur, puis procéder à un long travail manuel. Il ne faut surtout pas laisser un fragment de rhizome de seulement dix centimètres, car il peut faire repousser une nouvelle touffe.

Pour éviter ces ennuis, beaucoup préfèrent se tourner vers des Fargesia, des bambous cespiteux à feuillage persistant. Ces variétés ne traçant pas et ne causant pas de conflits avec les voisins sont souvent plus adaptées pour former des haies denses en toute sécurité.