2 février 2026

Pourquoi j’ai choisi de laisser mon jardin dans l’obscurité totale

Depuis quelques semaines, mon voisinage est surpris par mon choix de laisser mon jardin dans l’obscurité totale le soir. Tandis que le reste du lotissement brille de mille lumières, mon espace reste sombre, ce qui suscite des murmures. Certains pensent à une panne d’électricité ou à une maison abandonnée. En réalité, j’ai simplement décidé de couper toutes les éclairages : pas de spots sur la façade, pas de guirlandes dans les arbres, ni de projecteurs sur la pelouse.

En plein hiver, lorsque la nuit tombe tôt et que les jardins paraissent tristounets, la lumière est souvent perçue comme un signe de confort ou de respectabilité. Mon pavillon, lui, apparaît comme une tache sombre au milieu de cet océan de LED, ce qui intrigue, voire inquiète. Pourtant, j’ai constaté qu’un jardin plongé dans le noir protège davantage la vie qui l’entoure que toutes ces lumières allumées en permanence.

Quand éteindre le jardin semble suspect

Autour de moi, beaucoup invoquent la sécurité pour justifier leur éclairage constant. On pense qu’un extérieur bien éclairé rassure. Le projecteur halogène de 500 watts est considéré comme un rempart contre les intrus. En réalité, cette lumière permanente facilite leur tâche. Elle donne aux malfaiteurs une vision claire des lieux, leur permettant de repérer des outils oubliés ou des fenêtres entrouvertes, sans avoir besoin d’allumer une lampe qui trahirait leur présence.

Depuis l’intérieur éclairé, il devient difficile de distinguer ce qui se passe dehors. C’est comme dans un aquarium : on peut voir à travers, mais on est invisible. La lumière accentue aussi l’ombre dans certains recoins, offrant des cachettes idéales pour des cambrioleurs. À l’inverse, dans l’obscurité, une simple lampe de poche devient un signal. Le noir oblige à avancer prudemment, rend les déplacements plus bruyants et remet tout le monde au même niveau, sans faux sentiment de sécurité.

Les effets de la pollution lumineuse sur la biodiversité

Chaque nuit, des milliards d’insectes tournent autour des lampes jusqu’à l’épuisement. Papillons de nuit et autres pollinisateurs ne se nourrissent plus, ne se reproduisent plus, et finissent par mourir, fatigués ou brûlés contre les ampoules. Ces insectes ne sont pas de simples nuisibles : leur disparition prive nos jardins de pollinisation nocturne et met en danger les oiseaux qui en dépendent au petit matin.

Les chauves-souris évitent la lumière artificielle et sont chassées de leurs zones de chasse, alors qu’une seule peut manger des milliers de moustiques en une nuit. Les hérissons hésitent à traverser une pelouse éclairée, où ils deviennent des proies faciles. La lumière perturbe aussi les rythmes circadiens en empêchant la sécrétion de mélatonine. Certains oiseaux chantent à des heures inhabituelles, gaspillant leur énergie, et nichent trop tôt.

Réconcilier nuit noire, sécurité et beauté du jardin

Depuis que j’ai éteint mes lumières, le ciel étoilé est redevenu visible, tout comme le chant des chouettes et les pas des hérissons. Pour les soirs où j’ai besoin d’éclairer, j’utilise des solutions ciblées :

  • un détecteur de mouvement sur l’allée ;
  • des lampes chaudes dirigées vers le sol ;
  • aucune lumière décorative allumée toute la nuit.

Le concept de jardin noir évoque aussi le travail d’Alexis Pazoumian, qui a réalisé un projet intitulé « Jardin Noir » au Haut-Karabagh. Il montre la réalité de cette région, où le jardin, symbole de vie colorée, devient une image du deuil. Son projet cherche à comprendre la vie des habitants, leurs espoirs et leurs craintes, dans un contexte de lutte pour l’indépendance. Chez moi, ce jardin noir permet simplement à la nuit de reprendre sa place.